Une jument qui ne peut plus mener une gestation n'est pas pour autant au bout de sa carrière de reproductrice.
L'OPU-ICSI permet d'aller chercher ses ovocytes, de les féconder au laboratoire, et de confier la gestation à une autre jument. C'est la technique qui a le plus changé notre métier ces dix dernières années, et nous la pratiquons désormais à la Giguellerie.
Votre jument est-elle une bonne candidate ? Un examen préalable suffit pour le savoir.
Ce qui se passe réellement
L'ovocyte est la cellule que la jument libère à chaque ovulation. Dans une insémination classique, il est fécondé dans l'oviducte, et l'embryon descend ensuite dans l'utérus. Toute la suite dépend alors de la qualité de cet utérus.
En OPU-ICSI, nous allons chercher les ovocytes directement dans les follicules, avant l'ovulation. C'est la ponction, l'OPU, pour Ovum Pick-Up. Elle se pratique par voie transvaginale, sous contrôle échographique, jument debout et sédatée.
Les ovocytes partent ensuite au laboratoire. Ils y passent une vingtaine d'heures en incubateur pour terminer leur maturation. Seuls ceux qui atteignent le stade métaphase II, c'est-à-dire prêts à être fécondés, peuvent continuer.
Vient alors l'ICSI, l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde. Sous micromanipulateur, l'opérateur choisit un spermatozoïde et l'injecte dans l'ovocyte. Un seul suffit. C'est toute la différence avec une insémination, où il en faut des millions, et c'est ce qui rend la technique intéressante quand la semence est rare ou médiocre.
Les embryons se développent ensuite sept à dix jours en culture. Ceux qui atteignent le stade blastocyste sont congelés, et ils vous attendent.
À quelles juments cela s'adresse
La première indication est la jument dont l'utérus ne permet plus de mener une gestation. Lésions de l'endomètre, adhérences, col qui ne ferme plus. Chez elle, l'insémination ne donne plus rien, et le transfert d'embryon classique échoue aussi, puisqu'il faut encore qu'un embryon se forme sur place avant d'être récolté. L'OPU-ICSI contourne l'utérus du début à la fin.
La jument âgée relève souvent du même cas. Ses ovocytes restent fécondables bien après que son utérus ait cessé d'être un milieu viable. Le rendement baisse avec l'âge, nettement après vingt ans, mais il ne tombe pas à zéro.
Vient ensuite la jument qui travaille. Une ponction se fait sur une journée et n'interrompt rien. Votre jument peut donc produire des embryons pendant sa saison de concours, et vous décidez plus tard du moment où ces embryons deviendront des poulains.
Enfin, il y a la question de la semence. Un étalon mort dont il reste trois paillettes, un étalon subfertile en congelé, un lot dont la mobilité après décongélation est mauvaise. Puisqu'un seul spermatozoïde intact suffit par ovocyte, l'ICSI donne une seconde vie à des semences qu'on aurait renoncé à utiliser autrement.
Pourquoi la congélation change la donne
Un embryon obtenu par ICSI n'a pas à être transféré le jour même. Il est congelé, et il attend.
Cela veut dire que vous choisissez le moment. Vous pouvez produire en hiver et transférer au printemps, ou étaler plusieurs embryons sur plusieurs années.
Cela veut dire surtout que vous choisissez la receveuse. Beaucoup d'éleveurs préfèrent utiliser une de leurs propres juments, qu'ils connaissent et qu'ils gardent chez eux, plutôt que de louer une porteuse. C'est possible, et c'est souvent moins cher.
Quand ponctionner
Toute l'année, y compris en hiver.
Les juments qui ne cyclent pas portent souvent un plus grand nombre de petits follicules ponctionnables, ce qui rend l'hiver intéressant. Leurs ovocytes maturent toutefois un peu moins bien, de sorte que le nombre d'embryons obtenus au bout du compte reste comparable d'une saison à l'autre. Les périodes de transition, automne et fin d'hiver, sont les plus favorables.
L'avantage de l'hiver est donc surtout pratique. On travaille quand la jument ne fait rien d'autre, sans empiéter sur sa saison de reproduction ni sur ses concours.
Une journée chez nous
Votre jument arrive le jour de la ponction. Nous la sédatons, la ponction se fait debout au travail, et elle dure une petite heure. Elle repart le jour même.
La recherche des ovocytes suit immédiatement, ici même, ce qui évite aux cellules d'attendre des heures dans le liquide folliculaire.
Pour votre jument, tout se passe donc chez nous, à Mettet. Elle ne fait pas de long voyage et ne séjourne nulle part.
Les premières nouvelles arrivent une semaine plus tard environ, puis au fil des jours suivants, à mesure que les embryons atteignent le stade blastocyste et sont congelés.
- Le jour de la ponction
La ponction
Les follicules des deux ovaires sont ponctionnés et rincés. Tous ne livrent pas un ovocyte récupérable.
- Dans les minutes qui suivent
La recherche des ovocytes
Le liquide folliculaire est filtré, puis examiné à la loupe. Chaque ovocyte est identifié, lavé et préparé pour le voyage. C'est une étape minutieuse, et nous la faisons ici, sans attendre.
- En fin de journée
Le laboratoire
Les ovocytes sont maintenu dans un milieu de culture, à température contrôlée, pour le transfert vers le laboratoire. Votre jument est déjà rentrée chez vous.
- Le lendemain
La maturation
Une vingtaine d'heures en incubateur, au laboratoire. Nous savons alors combien d'ovocytes ont atteint la métaphase II, c'est-à-dire lesquels sont prêts à être fécondés.
- Le "jour zéro"
L'injection
Un spermatozoïde est injecté dans chaque ovocyte mature, au micromanipulateur. C'est de ce jour zéro que démarre le compteur temporel.
- Quatre jours après l'injection
Le clivage
Les embryons qui se sont divisés sont identifiés. Les autres s'arrêtent là. C'est le premier vrai indice de ce que donnera la session.
- Sept à dix jours plus tard
Le blastocyste
Les embryons se développent chacun à leur rythme. Dès qu'un embryon atteint le stade blastocyste, il est congelé le jour même, à moins 196 degrés.
Ce qu'on peut raisonnablement espérer
C'est la question que tout le monde pose, et elle mérite une réponse chiffrée plutôt qu'une promesse.
Sur les grandes séries publiées, une session produit en moyenne un peu plus de deux embryons congelables. La dispersion est large. Certaines juments n'en donnent aucun, d'autres en donnent cinq, six, parfois davantage. Environ huit sessions sur dix aboutissent à au moins un embryon.
Ce qui fait varier ce chiffre tient d'abord à la jument. L'effet de l'étalon existe mais reste plus modeste, et il se prévoit mal, car la mobilité de la semence après décongélation n'est pas prédictive de son comportement en ICSI. Un examen préalable de ses ovaires nous permet d'estimer son potentiel folliculaire, et donc de vous dire à quoi vous attendre avant d'engager quoi que ce soit.
L'OPU et l'ICSI en chiffres
De la ponction à l'embryon congelé
Une session ponctionne en général vingt à vingt-cinq follicules, et permet d'en récupérer un peu plus de la moitié sous forme d'ovocytes. Chaque étape de la chaîne qui suit perd encore une partie du matériel.
| Étape | Ce qu'on observe |
| Follicules ponctionnés par session | 21 à 26 en moyenne, de 8 à 45 |
| Ovocytes récupérés par session | 12 à 14 en moyenne, de 2 à 27 |
| Taux de récupération | 53 à 54 % |
| Ovocytes atteignant la métaphase II | environ 60 % |
| Ovocytes injectés donnant un blastocyste | 20 à 30 % |
| Ovocytes récoltés donnant un blastocyste | environ 16 % |
| Embryons congelables par session | 1,9 à 2,2 selon les séries, de 0 à 13 |
| Sessions produisant au moins un embryon | 78 à 83 % |
Et après la congélation
Le transfert d'un embryon décongelé donne une gestation dans un peu plus de trois quarts des cas. Environ six embryons transférés sur dix aboutissent à un poulain né.
Ce qui fait varier ces chiffres
La jument pèse plus lourd que l'étalon. Sur une série de 552 sessions portant sur 323 juments, quatorze étalons sur seize se tenaient entre 15,6 et 26,8 % de blastocystes par ovocyte injecté, une dispersion bien plus étroite que celle observée entre juments.
La mobilité de la semence après décongélation ne prédit pas le résultat en ICSI. Un étalon médiocre en congelé peut très bien fonctionner, puisqu'un seul spermatozoïde intact suffit par ovocyte.
Le nombre d'ovocytes récupérés est le meilleur indicateur dont nous disposions avant de commencer. C'est pourquoi nous examinons vos ovaires avant de vous proposer une session.
Une jument qui a produit un embryon à sa première session recommence dans 77 % des cas. Celle qui n'en a produit aucun échoue à nouveau dans 62 % des cas, ce dont nous tenons compte avant de vous proposer une deuxième tentative.
D'où viennent ces chiffres
Cuervo-Arango J, Claes AN, Stout TAE. Mare and stallion effects on blastocyst production in a commercial equine ovum pick-up–intracytoplasmic sperm injection program. Reproduction, Fertility and Development 2019;31(12):1894-1903.
Claes A, Stout TAE. Success rate in a clinical equine in vitro embryo production program. Theriogenology 2022;187:215-218.
Scarlet D, Schuler G, Malama E, Bollwein H, Bocci C, Colleoni S, Lazzari G, Galli C, Kowalewski MP. Endocrine profile and OPU-ICSI outcomes in mares: a comparative study. Reproduction and Fertility 2025;6(3):e250027.
Cuervo-Arango J, Sala-Ayala L, Márquez-Moya A, Martínez-Boví R. The influence of aspiration pressure, follicle flushing method and needle rotation during single-operator OPU technique on oocyte recovery and embryo production in the mare. Animals 2025;15(6):832.
Ces valeurs proviennent d'études internationales portant sur plusieurs milliers de sessions, toutes races et tous laboratoires confondus. Elles donnent un ordre de grandeur, rien de plus. Nous publierons nos propres chiffres quand nous en aurons assez pour qu'ils veuillent dire quelque chose.
Questions fréquentes
Est-ce douloureux pour ma jument ?
Non. Elle est sédatée, debout au travail, et l'intervention est bien supportée. Le protocole comprend aussi de quoi la détendre et limiter les efforts de poussée pendant la ponction.
Y a-t-il des risques ?
Comme pour tout geste médical, oui, mais ils restent faibles. Le principal serait une infection ou un saignement dans la cavité abdominale. Nous surveillons la jument avant et après, et nous administrons un traitement préventif.
Tous les combien peut-on recommencer ?
Toutes les deux à trois semaines. C'est un des grands avantages de la technique. Une jument peut enchaîner plusieurs sessions dans la même période sans en souffrir.
Y a-t-il un âge limite ?
Pas de limite stricte. Le rendement diminue avec l'âge et plus nettement après vingt ans, mais nous obtenons régulièrement des embryons de juments dont plus personne n'attendait de poulain.
Et si aucun embryon n'est obtenu ?
Cela arrive dans environ une session sur cinq. Le travail a été fait, la ponction et le laboratoire restent dus. Nous appliquons en revanche une remise sur la session suivante. Le risque nous paraît normal à partager.
Si la première session ne donne rien, faut-il réessayer ?
Souvent oui, mais pas toujours. Une jument qui a produit un embryon la première fois a environ trois chances sur quatre de recommencer. Celle qui n'en a produit aucun a un pronostic plus réservé. Nous en discutons avec vous avant de relancer.
Puis-je garder ma jument chez moi entre les sessions ?
Oui. Elle vient pour le prélèvement, par exemple le matin et repart le soir.
Combien de temps un embryon se conserve-t-il ?
Indéfiniment, tant que l'azote liquide est maintenu. C'est vous qui décidez du moment du transfert.
Quels étalons puis-je utiliser ?
La plupart de ceux qui existent en semence congelée. Certains ne sont même accessibles qu'en ICSI, parce qu'il n'en reste pas assez pour une insémination. Parlez-nous de votre projet, nous vérifierons.
Puis-je utiliser ma propre jument comme receveuse ?
Oui, et beaucoup d'éleveurs le préfèrent. C'est même là que la congélation prend tout son sens. Comme l'embryon attend, il n'y a rien à synchroniser. Nous suivons votre receveuse, et nous transférons le jour où elle est au bon moment de son cycle.
Ce que cela coûte
Vous payez une session de ponction, le travail de laboratoire, puis un montant pour chaque embryon effectivement congelé. Le transfert dans une receveuse se facture plus tard, le jour où vous décidez d'utiliser l'embryon.
Pour une jument dans la moyenne, comptez de l'ordre de 1500 à 1600 euros par embryon congelé. Une session généreuse fait tomber ce montant sous les 1000 euros, une session pauvre le fait monter. C'est le rendement de votre jument qui fait le prix, pas un tarif à l'unité.
Le détail poste par poste figure sur notre page tarifs.
Votre jument est-elle une bonne candidate ?
Nous en parlons volontiers, sans engagement. Un examen préalable nous permet d'évaluer ses ovaires et de vous donner une idée réaliste de ce qu'on peut en attendre.